L'Odyssée de Monsieur De Montaigne
L’Odyssée de Monsieur de Montaigne est le fruit d’une décennie de recherches minutieuses sur les traces du grand écrivain voyageur de la Renaissance, proposant une perspective nouvelle sur le Journal de voyage de Montaigne, œuvre longtemps ignorée et sous-estimée. Le récit de son périple à travers les Pays germaniques et l’Italie, découvert par hasard, méritait une attention particulière.
La première moitié de ce cahier in-folio est l’œuvre littéraire d’un mystérieux narrateur familier du château qui rapporte les dialogues et décrit les actions de Monsieur de Montaigne, offrant ainsi un éclairage original sur la personnalité de l’auteur des Essais.
Rédigé entre 1580 et 1581, le manuscrit nous dévoile un Empire germanique en voie de rétablissement dans une paix politico-religieuse retrouvée, et une Italie, survivante des guerres et des pandémies, qui s’épanouit dans ses joyaux artistiques et archi-tecturaux, « un luth à la main et l’Arioste à la bouche ».
Tome 1
Le 22 juin 1580, Montaigne, accompagné de quelques proches, quitta son château sur convocation d’Henri III, qu’il rencontra à Saint-Maur, près de Paris. Le roi envoya son chevalier de l’ordre de Saint-Michel et ses gens rejoindre ses troupes assiégeant La Fère, ville de Picardie tombée aux mains des huguenots du prince de Condé.
Ayant survécu à cette Iliade, Montaigne et son groupe gagnèrent Beaumont et entreprirent un périple à travers les Pays germaniques et le nord de l’Italie.
L’essentiel du voyage en terres germaniques est consacré à une enquête personnelle sur la Réforme protestante, sans omettre les habitudes culturelles et culinaires des pays visités. Le Journal de voyage témoigne objectivement de l’expérience religieuse de Montaigne, tandis que les futures versions des Essais n’en livreront que quelques allusions.
Montaigne apprécia tellement sa traversée des Pays germaniques qu’il manifesta (du moins temporairement) un sentiment négatif pour l’Italie dès son arrivée à Trente.
Tome 2
Voir Venise et effectuer le pèlerinage de Lorette étaient les objectifs avérés de Montaigne. Mais ce projet sera abandonné pour une périlleuse traversée des Apennins qui l’amènera à Florence, ville qu’il détestera. Il renâcle durant la suite du voyage vers Sienne puis Rome ; il franchit le pont Milvius le dernier jour de novembre 1580 et passera l’hiver dans la ville éternelle.
Le fidèle narrateur, l’Omero de cette Odyssée, disparaît mystérieusement à la mi-février et dorénavant Montaigne s’acquittera de « cette belle besogne » du Journal de voyage dans lequel « Monsieur de Montaigne » deviendra un « Je ».
Durant cinq mois, le plus souvent seul, il explorera avec passion les vestiges d’une civilisation latine qui le faisait rêver durant ses années de formation classique. Mais une redoutable épreuve, déterminante pour l’avenir littéraire des Essais dans le monde catholique, attend leur auteur : des censeurs dominicains sont chargés de juger de leur orthodoxie. En brillant magistrat, il plaidera et gagnera sa cause ; c’est avec le titre convoité de « citoyen romain » qu’il achèvera ses visites du Latium.
Tome 3
Montaigne quitte Rome le 19 avril 1581. Il n’avait aucune raison de s’y attarder pour l’obtention d’un poste hypothétique d’ambassadeur intérimaire, sa désignation au titre de maire de Bordeaux étant acquise dès novembre 1580, lors de la signature de la paix du Fleix qui mit fin à la septième guerre de religion.
Il traverse l’Ombrie et rejoint la côte Adriatique pour accomplir son pèlerinage à la Santa Casa de Lorette ; il reprend ensuite le chemin inverse par la vallée du Métaure, les Marches et la Toscane.
Ayant ainsi traversé l’Italie d’une mer à l’autre, il séjourne à Pise puis aux bains de Lucques. Il passera l’été aux thermes des Bagni alla villa où il soignera assidûment sa « maladie de la pierre » par la seule thérapeutique non invasive (et non létale) disponible. Il gagne Florence pour les fêtes de la Saint-Jean et complète son circuit toscan.
De retour aux Bagni, il connaîtra les pires découragements ainsi que des douleurs plus intenses que celles infligées par sa maladie urologique, au point d’envisager le suicide. Mais en homme de devoir, il attendra patiemment le vote des Jurats de Bordeaux.
Tome 4
Dès la réception de la lettre des Jurats de Bordeaux lui confirmant sa désignation au titre de maire, Montaigne se met en route vers Rome où il se constitue une malle de cadeaux qu’il envoie par courrier postal à son château.
Accompagné de quelques valets, il entame par la via Francigena l’itinéraire le plus long et le plus pénible du voyage. Il décrit près de Lucques les roues à aubes abandonnées des premiers travaux de drainage mécanique entrepris sur les berges paludiques du lac de Massaciuccoli. Il traverse les Alpes apuanes, les plaines lombardes et franchit le mont Cénis dont il dévalera en traîneau les pentes enneigées. Il ne retrouve sa tour qu’après une difficile traversée du Puy-de-Dôme dans le blizzard. Le journal est rangé au fond d’une malle en cuir clouté jusqu’à sa découverte deux cents ans plus tard.



